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Guerre 14-18, les réunionnais patriotes !
Publié : vendredi 23 juillet 2010 à 16:10
- Modifié : 23/07/2010 à 16:12
Les troubles et l’agitation qu’avaient provoqués les élections avaient étouffés les nouvelles provenant de Métropole. Pourtant, le 4 août, le son des cloches résonnant dans Saint Denis annonça aux réunionnais que l’histoire les avait rattrapés : la guerre était déclarée. L’ordre de mobilisation était arrivé deux jours auparavant et avait été placardé dans les rues de l’île. Alcide, comme des centaines d’autres jeunes gens s’était rendu le 07 août à la caserne Lambert.
Dans la longue file qui s’était formée dans la cour, les discussions allaient bon train. Un groupe d’hommes arrivés de Saint Pierre scandaient des slogans patriotiques dans un créole chantant. Le contraste fit sourire Alcide. Comment ces hommes qui vivaient sur un petit bout de terre à 10.000 kilomètres de leurs compatriotes et n’avaient jamais posé le pied sur le sol Français pouvaient montrer un tel enthousiasme à défendre ce pays ? Par quelle tour de magie cette « mère patrie » qui les avait si souvent abandonnée à leur sort réussissait-elle aujourd’hui à rassembler ses hommes ? Et pourtant ! Alcide lui-même ne pouvait nier cet élan du cœur. Ce matin au prêche, le père Grégoire les avait exhortés à participer à la lutte contre l’ennemi Boche, il avait loué le sacrifice le plus beau qu’un homme puisse faire pour sa patrie : verser son sang. Maintenant, Alcide était là avec ses hommes chinois, zarab, malgache, indien, créole blanc, fils d’ouvrier ou de bonne famille à attendre son tour. Depuis deux jours, quelque chose s’était réveillé en lui. Paradoxalement cette guerre, en lui donnant envie de se battre, lui avait rendu l’envie de vivre. Sa vie avait de nouveau un sens.
- « Alcide Grondin ! ». Alcide s’arracha à ses réflexions pour entrer à son tour dans la salle d’examen. Poids, taille, tour de poitrine. Les deux sergents préposés à l’évaluation de la santé physique des volontaires, l’examinèrent comme on aurait examiné un bœuf à la foire de Bras Panon.
- « Alcide Grondin : Apte ! »
Alcide ne pu retenir un sourire de contentement. Depuis le début de la matinée, il avait vu beaucoup d’homme recalés à cet examen. La population réunionnaise, portait dans ses chairs les stigmates des crises économiques si souvent traversées. Chétifs, voir malingres, mal nourris, affaiblis, par les maladies (dysenterie, paludisme, tuberculose, béribéri), l’administration militaire avait renvoyé de nombreux hommes dans leurs foyers.
- « Ah-Sing Emile : Apte ! ». A ces mots, le cœur d’Alcide se contracta dans sa poitrine. Il se tourna vers la porte de la salle d’examen et vit sortir le mari de Xué. Il se dirigea lentement vers lui et lui adressa la parole pour la première fois depuis plus de deux ans.
- « Dans quelle compagnie t’a ton affecté Emile ? »
- « Je pars sur le paquebot de la compagnie maritime, le Djemnah, dans 5 jours. Nous ferons escale à Madagascar avant d’être affectés en France ».
- « Alors nous partirons ensemble » lui annonça Alcide froidement en faisant demi-tour.
Dix jours plus tard, les deux hommes débarquèrent à Madagascar.La colonie ne comptait alors que trois officiers, le gros des troupes francaises de l’Océan Indien était stationnée dans la grande île. C’est donc là, qu’Alcide et Emile passèrent tous les deux devant le second conseil de révision et furent de nouveau déclarés aptes. Alors qu’une partie de leurs compagnons étaient renvoyés vers la Réunion, d’autres restèrent sur place pour défendre les positions malgaches de l’armée Francaise. Alcide et Emile furent affectés à Senlis, bourgade francaise d’où ils devraient ensuite rejoindre le front.
Lire l’épisode précédent : "Elections, nervis et bains de sang"
Vos réactions :
il y a 1 réaction.eh oui
ça fait pensee a mon papa,eh oui c tres vieux.
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