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Marie-France Hirigoyen,
Société
Marie-France Hirigoyen : "la violence existe partout"
Publié : dimanche 28 novembre 2010 à 14:10
- Modifié : 28/11/2010 à 23:20
En déplacement sur le département afin de participer à des conférences-débat, Marie-France Hirigoyen lutte contre toutes les formes de violences faites aux femmes. Pour son premier livre "Le harcèlement moral, la violence perverse au quotidien" publié en 1998, Marie-France Hirigoyen a inventé le terme de harcèlement moral, malheureusement devenu courant. Psychothérapeute, psychologue et victimologue, elle explore toutes les faces de la violence psychologique.
Vous avez de nombreuses casquettes. Vous êtes psychiatre, psychologue, victimologue. Vous parlez de la violences sous toutes ses formes. A la Réunion, 15% des femmes sont victimes de violences contre 9% en métropole, que pensez-vous de ce chiffre ? Devant la Cour d’assises, deux hommes ont été condamnés cette semaine pour agressions sexuelles et tentative d’assassinat. Toutes ces affaires judiciaires vous étonnent-t-elles ?
Marie-France Hirigoyen : Je trouve que les chiffres sont effectivement importants mais ce sont des violences qui sont dénoncées. Cela montre que les femmes osent porter plainte et s’il y a un jugement, c’est qu’il y a une répression qui existe. C’est important quand même, il ne faut pas être trop alarmiste. Mais cela veut dire aussi qu’il un travail d’éducation à faire et de la prévention à mettre en place.
Selon vous, il n’y a pas plus de passages à l’acte à la Réunion qu’en métropole ?
Marie-France Hirigoyen : Apparemment, il y en a un peu plus puisque les chiffres officiels en métropole (quant aux violences faites aux femmes) sont de 9,5%. Je pense qu’il y a une sophistication de la violence : c’est à dire qu’au fur et à mesure qu’une société se développe et s’éduque, la violence est toujours là mais elle se cache beaucoup plus. On a peut-être moins de violences physiques visibles - parce que c’est plus sanctionné - mais on a plus de violences psychologiques et c’est d’ailleurs ce qui a amené le Gouvernement à prendre des mesures. Une loi a été votée récemment sur la judiciarisation de la violence psychologique.
Comment expliquer que le nombre de victimes de violences conjugales à la Réunion, soit supérieur à celui de la métropole ?
Marie-France Hirigoyen : Peut-être que l’une des explications, c’est celle de la taille de l’île. C’est à dire, les conditions géographiques. Dans un certain nombre de cas en métropole : quand il y a des violences, les victimes peuvent partir loin. Ici bien sûr, l’île étant limitée, au fond tout le monde se connaît, et la femme victime de violences ne peut pas aller trop loin, à moins de partir en métropole. Je pense que c’est l’une des explications mais pas uniquement. Il y a beaucoup de choses qui sont faites actuellement dans le cadre des campagnes de communication mais peut-être que cette sensibilisation a commencé un peu plus tard. Je ne voudrais pas qu’on stigmatise une Région plutôt qu’une autre parce que, on le sait, la violence existe partout. Elle est plus ou moins dénoncée dans différents pays. Mais par contre, cette violence existe dans tous les milieux sociaux et peut-être que dans certains milieux, elle est plus visible que d’autres, c’est tout.
Selon vous, est-ce qu’il existe un profil propre aux maris violents ?
Marie-France Hirigoyen : Oui, il y a un peu des profils de maris violents. Je dirais que le profil - le plus inquiétant -, c’est celui des maris, d’hommes qui sont dans un registre de personnalité avec des traits paranoïaques. Ce sont ceux passent à l’acte par jalousie et qui peuvent également tuer leur conjoint et éventuellement leur(s) enfant(s) pour se donner la mort ensuite. Ce sont des individus extrêmement dangereux. Mais il y a aussi tout un tas d’autres profils et évidemment celui des individus pervers, manipulateurs et destructeurs. Mais il y a aussi un autre profil - de jeune hommes - qui n’ont pas été éduqués avec suffisamment de limite. Ces hommes ont une tolérance à la frustration et ont souvent un comportement impulsif. Pour ces individus, on peut faire quelque chose. J’ai appris qu’il y a justement des associations qui travaillent - en particulier dans le Sud -, sur des groupes d’auteurs de violences pour trouver des solutions, pour les former et les aider à changer de comportement.
Ces hommes sont parfois adorables en société mais montrent une autre facette à la maison ?
Marie-France Hirigoyen : Absolument. Ces hommes peuvent être parfaitement charmants à l’extérieur et par conséquent, les femmes ont ensuite du mal à se faire entendre. C’est important de le savoir.
L’entourage ne comprend pas toujours comment une femme maltraitée peut pardonner et reprendre une vie commune avec son concubin violent. Comment l’expliquez-vous ?
Marie-France Hirigoyen : Si les femmes ne partent pas, si elles supportent et ne trouvent pas de solution à la violence, c’est parce que le procédé même de violence psychologique créée une sorte de conditionnement qui fait que l’on accepte et on accepte de plus en plus. Le procédé lui-même va faire que plus la violence est grave et plus elle dure, et moins la femme a les moyens psychologiques de partir. C’est pour cela qu’il y a une éducation à faire par rapport à cela, pour arriver à repérer les premiers signes de violence.
Sur le plan juridique, des textes existent pour protéger la femme battue. Concrètement, sont-ils efficaces ?
Marie-France Hirigoyen : La loi qui vient de passer au mois de juillet 2010 et dont le décret d’application n’est pas encore sortie prévoit effectivement une protection de la femme qui doit partir de façon urgente ainsi qu’une aide matérielle mais sur ce point ce n’est pas encore gagné car il n’y a pas forcément les budgets qui vont avec, on espère que cela va se faire. Cette loi prévoit également une sanction par rapport à tout ce qui est "harcèlement" après la séparation. Parce qu’au moment de la séparation, il y a souvent un chantage qui est fait : "si tu me quittes, tu n’auras pas d’argent", "si tu me quittes, tu vas voir ce qui va se passer (...)". Les femmes font parfois face à des menaces de violences physiques même s’il n’y en a pas eu avant, ou bien du "chantage à l’enfant". Quand le chantage devient trop présent, pesant et inquiétant : il y a des mesures qui peuvent être prises. En particulier, si il y a du harcèlement qui suit la séparation.
Dans certains cas mêmes, des femmes qui se sentent en danger alertent les autorités et pourtant, certaines se sentent bien seules malgré de nombreuses plaintes.
Marie-France Hirigoyen : Justement, cette loi qui vient de passer va changer la donne, je l’espère. Parce qu’il n’y a jamais de violences physiques sans qu’il y ait eu auparavant des violences psychologiques ou des signes de contrôles, de domination, d’isolement... Des signes où la femme est disqualifiée, humiliée, malmenée. Tous ces signes-là doivent être des signes d’alerte qui doivent être pris en compte. On pourra porter plainte sur ces faits de violence psychologique. Et les victimes pourront se faire aider plus tôt, par le biais des associations ou par des psychologues ou psychothérapeutes. Cela permettra peut-être de mettre en place un mode de prévention et de l’aide mais tout cela est très récent car la Loi est passée au mois de juillet.
Un homme violent peut-il changer ?
Marie-France Hirigoyen : Les hommes violents qui sont dans le registre de l’impulsivité et du manque de contrôle, on peut les aider. A condition qu’il y ait aussi une sanction. Il y a effectivement des types d’hommes violents qui ne comprennent que la sanction et qui ne sont pas prêts à se remettre en question. Ceux qui se remettent en question peuvent changer.
Les femmes victimes de violences physiques quand elle ne sont pas victimes de violences sexuelles. C’est un sujet encore plus tabou que les violences physiques ?
Marie-France Hirigoyen : On n’ose pas parler de la violence sexuelle parce que - au fond -, il est convenu que cela fait partie du pacte du couple. C’est le devoir conjugal en quelque sorte mais dans la violence sexuelle, le but n’est pas du plaisir sexuel, c’est la domination et l’humiliation. Je pense qu’il est extrêmement important de dénoncer la violence sexuelle qui est une forme de violence psychologique.
Vos réactions :
il y a 2 réactions.PERS/CONSCIENCE ET RESPONSABILITE
SANS JAMAIS JUGER NI DENIGRER QUICONQUE QUE CELA SOIT CLAIR.
1) Combien d'Associations, combien de marches blanches, combien d'Organisations mises sur rails pour ces fléaux et la violence est toujours au rendez-vous, pourquoi ?
2) N'ayons pas peur de l'avouer non plus, combien d'Associations dont l'enjeu est aussi -électoraliste- et dévié ou n'atteind pas les objectifs souhaités ? Et ici une interrogation, toutes les vies ne sont-elles pas liées entre-elles par une chaine d'or ? Et cette chaine n'est-elle pas la loi du non accaparement (ou loi du sacrifice (pas de sacrifier encore une génération de populations mais de REDOUBLER D'EFFORT DE SOI POUR ARRIVER A REGULER LES SITUATIONS DESEQUILIBREES, et c'est TOUS UNIS ET ENSEMBLE QUE NOUS GAGNERONS CES LUTTES).
Au XXIème siècle, la donne doit changer, l'EDUCATION passe par la PREVENTION DES LE PLUS JEUNE AGE (âge de raison voire sept ans).
Deux axes demeurent importants :
LE SENS DU DEVOIR,
LA LOI DE CE NON ATTACHEMENT (ou appelons celà comme nous le voulons d'ailleurs) C'est pour celà que l'ETAT doit là aussi REGULER pour l'obtention de ces équilibres à respecter. "LE SACRIFICES DE LA SAGESSE VAUT MIEUX QUE LE SACRIFICE DES RICHESSE" a dit Shri KRISHNA. A VOUS TOUS SANS EXCEPTION AUCUNE en espérant que vous partagez ces propos. La voulons-nous cette HUMANITE imprégnée de plus d'équité, de lumière et de PAIX. Bien à vous avec bonjour ensoleillé partagé et toutes couleurs réunies de l'ILE DE LA REUNION dans l'OCEAN INDIEN. n.EC
merci madame Hirigoyen
Pour des raisons personnelle, j'ai pu informer des professionnels grâce aux livres de cette grande dame. Malheureusement, je ne trouve nul part cité les lieux des conférences débats, auxquelles elle a participé ou participera à la Réunion. J'espère que quelqu'un pourra me renseigner !
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