
Réunion lontan
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Sitarane : la décapitation des buveurs de sang
Publié : samedi 10 avril 2010 à 07:03
- Modifié : 10/04/2010 à 17:46
Alcide n’était arrivé que depuis quelques jours à Saint Pierre et bien qu’il aimât beaucoup son beau frère et sa belle sœur, le temps n’en finissait déjà plus de passer. Rose, le voyait souvent rêveur. Elle sentait que son frère se languissait de quelque chose… ou de quelqu’un…
Un matin, Firmin fit irruption dans la cour visiblement excité.
- « Alcide, t’es un homme maintenant ! A 20 ans, il y a des choses que tu dois savoir et que tu peux voir. Ca y ‘est ! Sitarane aura bientôt son tête dan panier son ! Les bois de justice arriveront de Saint Denis dans une semaine et avec eux Sitarane et Fontaine. Nous irons voir l’exécution ».
Alcide sentit ses poils se hérisser sur sa peau. Il n’avait vraiment pas envie d’assister à CA, mais comment se dérober sans perdre la face ? Il ne voulait pas que son frère le prenne pour un capon.
Le 20 juin 1911, Alcide se retrouva donc aux abords de la prison de Saint Pierre. L’exécution n’aurait lieu que qu’à 06h30 mais une foule compacte se pressait déjà derrière le cordon formé par la gendarmerie et la police. Dans le demi-jour grisâtre, la vision de l’échafaud qui avait été dressé dès l’arrivée du train avait quelque chose de lugubre. Sur sa base rectangulaire, deux montants de bois verticaux d’environ 4 mètres de hauteur se dressaient vers le ciel. Au sommet, une barre transversale équipée d’une poulie permettait de faire remonter la lame. Autour d’Alcide, chacun y allait de son commentaire. Les histoires les plus incroyables sur Sitarane passaient d’une bouche à l’autre, s’enrichissant de minutes en minutes de détails, preuve de la force de l’imaginaire collectif. La porte de la prison s’ouvrit d’un coup et le silence se fit dans l’assistance. Un petit groupe composé des deux condamnés, de deux prêtres et des bourreaux s’avança lentement vers la veuve, prête à accueillir un nouvel amant. Sitarane semblait calme mais fontaine, se mit d’un coup à se débattre en pleurant. Sitarane, bien que considérablement amaigri pas sa captivité, déplia son grand corps et se tourna vers son compagnon pour lui assener avec force, des mots que toute l’ile allait bientôt connaitre « Tien bo lé ker ! ». Le bourreau le poussa alors en avant et le bascula sur une planche verticale ou il fut solidement ligoté.
Alcide, écœuré, détourna le regard. Il ne vit pas le bourreau pousser la planche en avant et la demi-lune de bois se refermer sur le coup du prisonnier. Mais ce qu’il entendit suffit à lui glacer le sang pendant des semaines. Sitarane, entonna d’une voix lugubre un chant de mort dans une langue inconnue, sans doute celle de son pays d’origine. Un bruit de ferraille, un sifflement et un bruit sourd l’avertit que la tête du malheureux avait roulé dans le panier de son, placé à l’endroit adéquat. Il rouvrit les yeux et vit les bourreaux rouler le corps dans un second panier situé à gauche de l’échafaud.
Le couperet fut remonté au sommet de l’appareil. Maculé de sang, il se détachait dans le ciel blanc. Le sang d’ailleurs, celui qui s’était échappé par les carotides sectionnées du premier condamné, fut sans doute la dernière vision qu’eu Fontaine, après avoir embrassé longuement le crucifix que lui présentât le prêtre. Détail morbide, qui hanta longtemps Alcide : Fontaine de s’être débattu dans le collier de bois, réussit positionner son menton de biais. Le couperet en tranchant le cou obliquement finit sa course dans l’os du menton, obligeant le bourreau à utiliser son coutelas pour séparer définitivement la tête du corps.
Sur le chemin du retour, Firmin et Alcide restèrent silencieux. Mais Alcide perdu dans ses réflexions se demandait si Dieu aurait cautionné la justice des hommes. La présence de ces deux prêtres lui paraissait au final, presque incongrue. Le père Grégoire lui avait souvent répété cette phrase de l’évangile « que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre ». Et pourtant, l’ironie voulait que l’administration choisisse pour bourreau, les codétenus des condamnés…
A suivre...
Vos réactions :
il y a 1 réaction.mauvais homme ?
belle article...mais qui était réellement sitarane ? était t'il si mauvais ? car ses derniere paroles sont loin de l'être...
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