
Réunion lontan
Quand le racisme régnait en maitre à la Réunion
Une colère noire envahissait Alcide. « Une colère aussi noire que moi », ironisa-t-il dans son fort intérieur, « une colère de cette couleur que l’on me reproche d’avoir aujourd’hui ». Le père de Xué avait dit non. Guillaume était rentré de chez eux avec la mine déconfite et Alcide avait tout de suite compris. « de bois lé pas la paille » avait marmonné Guillaume en passant à côté de son fils.
Alcide quitta la case familiale et il cracha au sol en passant devant la maison de Xué. « Hey Alcide ! L’esprit caf la mont su ou ? ». C’était son ami Ridwan , « mi va voir à Henri, ou vien ek moin ? ».
Henri était le seul ami qu’Alcide se soit fait pendant ses études. Son intégration à l’école n’avait pas été facile, d’ailleurs n’avait-il jamais été vraiment intégré ? C’était le père Grégoire qui avait usé de son influence pour lui donner accès à l’un des meilleurs établissements de Saint Denis mais, dès le premier jour, Alcide avait subi les humiliations de ses camarades, tous blancs et issus de familles bourgeoises. Les coups, les crachats et les insultes avait fait partie de son quotidien. Sa peau caramel lui avait value dès le premier jour cette réflexion qui lui cuisait encore les oreilles « Et le mulâtre ! Out moman lé tombé dan la négraille out place lé point ici » Ces professeurs également voyaient sa présence d’un mauvais œil et prenaient plaisir à le rabaisser publiquement. Comme celui qui haranguait souvent sa classe de « Vous n’avez pourtant pas la caboche plus dure qu’une tête de nègre ? » ou encore en rendant sa copie à un mauvais élève « que ce négrillon d’Alcide y arrive et vous non !? ». Un jour Henri avait découvert Alcide qui pleurait caché sous un escalier de l’école et il lui avait dit « Je n’aurais jamais cru qu’un noir puisse souffrir aussi délicatement qu’un blanc… mais cela te vient surement de ta mère ». Suite à cet épisode, Henri avait su adoucir son quotidien même si il cachait l’amitié qu’il portait à Alcide aux yeux des autres blancs de l’école. Il était conscient qu’il aurait pu perdre sa réputation si l’on venait à l’apprendre. A l’opposé, la mère d’alcide veillait sur cette amitié et appelé Henri son « petit prince ». Alcide trouvait que « la blancophilie » de Joséphine allait parfois un peu loin mais il soupçonnait chez elle le désire inavoué de renouer avec ses origines et son honneur de petit blanc déchu.
Alcide et Ridwan retrouvèrent Henri chez le père Grégoire. Il y passait beaucoup de temps et avait confié récemment à Alcide qu’il souhait entrer au séminaire. Alcide raconta à ses amis les raisons de sa colère. Ridwan explosa littéralement « nout larzent lé bon a prendre pour ban voleur sinoi mais nou non ! Mi di que sinoi lé point réunionnais si li veut pas vivre ek nou la ka rentre son péi ! ».
Le père Grégoire haussa le ton. Il était un des rares précurseurs à se battre pour une véritable égalité des droits entre communautés et avait récemment réussit à faire supprimer la « messe des noirs » au sein de sa paroisse, contre l’avis de nombreux fidèles et d’une grande partie du clergé. « Je vous rappelle que ces idées racistes sont en grande partie véhiculées par les anciens colons, que de cette façon il domine mieux la situation par le principe du diviser pour mieux régner ! Ridwan ne te fait pas le vecteur de cette machination ». Le silence retomba entre eux et Alcide repensant à Xué, se sentit écrasé d’impuissance et de déception.
A suivre
Source : La première guerre mondiale vue par les réunionnais de Prosper Eve - Chapitre « Une société cloisonnée et profondément marquée par le racisme »
Lire l’épisode précédent "La demande en mariage dan temps lontan"
Vos réactions :
il y a 11 réactions.mondiales ne sont pas de la faute des Allemands actuels non plus. Les privilèges accordés aux Français nobles jusqu’au 18ème s. ne sont pas de la faute des Français actuels. On fête l’armistice, on fête la victoire, on fête l’abolition de l’esclavage (depuis une trentaine d’années seulement). C’est au programme dans les établissements scolaires. Les commémorations n’empêchent pas les peuples de tisser des liens. Les non-dit, ce n’est pas bon. Les Allemands et les Français sont amis maintenant, la guerre est finie entre nous. Mais le racisme, c’est autre chose. Nous acceptons de le voir ailleurs, mais cela nous gêne de le voir dans notre île qui ne porte pas bien son nom SUR TOUS les plans. Ce n’est qu’une carte postale, une publicité mensongère.
bien les armistices, les victoires sans occulter les guerres qui vont avec ! Au 21ème siècle, la France et l’Allemagne sont alliées. Pourtant, les guerres ont eu lieu 3 siècles après l’abolition de l’esclavage.
Chaque 14 juillet, on commémore l’abolition des privilèges, la prise de la Bastille. C’est du passé aussi cela. Il faut savoir faire face, même si c’est douloureux. Les non-dit, ce n’est pas bon.
il faut parler du passé pour avancer sinon le méme schéma avec ses ’échecs continue car ce qui est non-dit se reproduit inévitablement . Le passé est présent quand on voit que la plupart des sans-abris , des chomeurs , des prisonniers ont la peau noire !. Les Juifs ne se taisent pas sur sur leur passé comme les Noirs portant les Noirs ont autant souffert qu’eux .
























article lié : Carburants : l’ARCP appelle la population à se mobiliser mardi

























































