
Réunion lontan
Chaque semaine, Laure Straub vous racontera l’histoire, d’Alcide petit créole (...) En savoir +
La demande en mariage dan temps lontan
Publié : samedi 24 avril 2010 à 09:46
- Modifié : 24/04/2010 à 16:13
A la fin du mois d’août 1911, Alcide et sa sÅ“ur retournèrent sur Saint Denis. Sur le quai de la gare Joséphine attendait ses enfants avec impatience. Elle trépignait en apostrophant, à intervalles réguliers, le chef de gare « kosa la fé out train ?! Ca lé plus lent qu’un charrette bÅ“uf ! » ». Autour d’elle, les cheminots hilares ne perdaient pas une miette du spectacle offert par ce personnage haut en couleur.
Rose avait à peine posé un pied au sol que sa mère la tirait en gloussant dans un coin.
- Rose ! Ton père à eu de la visite la semaine passée, c’était Monsieur Damour. Il est venu demander ta main pour son fils Alphonse !
Rose ne put retenir un cri de joie et sauta dans les bras de son frère. Cela faisait quelques mois déjà qu’elle jetait des regards en coin au bel Alphonse à la sortie de la messe le dimanche. Cela n’avait pas échappé à son père qui avait du la reprendre en lui disant « qu’à se comporter de la sorte elle allait compromettre sa réputation et celle de toute la famille ». Rose en avait été mortifiée.
- Raconte moi maman !
- C’était il y a une semaine, grand matin, le père d’Alphonse est venu nous visiter. Il a dit à ton père que son fils nourrissait des sentiments à ton égard et qu’il pensait que tu ferais une bonne épouse. C’est vrai que tu es en âge de te marier et je n’ai plus rien à t’apprendre sur la tenue d’un foyer. Il nous a vanté les qualités de son fils. C’est un bon gars, travailleur, sérieux, qui ne boit pas et se rend à l’office chaque semaine. Il nous a dit aussi qu’il avait commencé à construire sa case et qu’il avait 100 gaulettes de terre, quelques bêtes et quelques économies. Bref, il a dit que son fils serait un bon mari pour toi.
Alcide coupa sa mère :
- « Et Marguerite ? »
Joséphine perdit d’un coup sa gouaille et son visage se ferma. Marguerite était la sœur ainée de Rose. Elle allait sur ses 20 ans alors que sa cadette n’en avait que 17. La coutume aurait voulu qu’elle se mariât la première.
- Ton père à bien essayé de défendre ta sœur et de vanter ses qualités mais Alphonse à été ferme, c’est toi qu’il aime. Ton père a réservé sa réponse, il a répondu au père d’Alphonse qu’il voulait d’abord t’en parler.
Au repas du soir, Guillaume demanda à sa fille
- « Tu penses qu’Alphonse fera un bon mari pour toi ? »
- « Oui papa » répondit rose gênée en regardant son assiette.
Marguerite se leva de table et quitta la pièce en étouffant un sanglot. Le silence se fit autour de la table car chacun pouvait ressentir la peine et la humiliation que cette situation représentait pour la sœur ainée.
Le dimanche après midi suivant, Alphonse et ses parents se rendirent dans la case des Grondin. Rose était très nerveuse. Le prétendant serra timidement la main de sa promise qui regardait ses pieds et chacun des deux tourtereaux prit place à un bout de la pièce.
Pas question pour eux d’avoir le moindre contact physique et toutes leurs entrevues dans les mois à venir ne se ferait pas sans la présence d’un chaperon. Le père d’Alphonse réitéra sa demande au père de Rose. Le Oui officielle enfin prononcé, Alphonse se leva gauchement et sortit de sa poche une boite qu’il tendit à Rose. C’était une bague, de bien peu de valeur certes, mais Rose se la laissa glisser au doigt avec émerveillement.
L’après midi qui passa rapidement pour les deux amoureux, parut interminable à Alcide. La conversation des mères tournait autour des jeunes gens, leur installation, leurs biens, la fréquence de leurs visites. Les pères parlaient des champs et des récoltes à venir, les amoureux ne disaient rien et se mangeaient des yeux.
Alcide s’éclipsa discrètement. Lorsqu’il se retrouva dans le chemin il eut juste le temps de voir la jeune chinoise entrer chez elle. Il se dit que lui aussi, il devrait sans doute bientôt faire sa demande…
Au soir, Alcide allât trouver son père.
- Papa, je vais sur mes 21 ans et je vais bientôt prendre mon poste de professeur. Moi aussi je voudrais me marier.
Guillaume toisa son fils.
- « Mais Alcide, à ton âge je travaillais depuis 6 ans déjà, et j’avais quelques économies ! Ou crois tu que tu logeras ton épouse ? Quelle garantie pourras-tu bien apporter à ta belle famille ? et qui veux-tu marier d’ailleurs ? »
- « Xué »
Alcide venait de faire à son père, la réponse que celui-ci redoutait. Les parents de Xué étaient des commerçants aisés, ils ne venaient pas du même monde que les Grondin. Alcide avait beau avoir fait des études, ce mariage représenterait sûrement pour eux une mésalliance et puis surtout, Xué était chinoise, ses parents lui avaient déjà surement choisi un mari dans sa communauté.
Guillaume essaya de raisonner son fils mais devant sa détermination, il finit par céder. Guillaume décida que sa demande se ferait par courrier dans la semaine et qu’il se présenterait chez ses voisins le dimanche suivant.
Alcide se précipita chez le père Grégoire afin de rédiger la lettre qui allait, il en était sur, changer sa vie.
A suivre
Vos réactions :
il y a 2 réactions.c est bien
ja ttend la suite avec impatience lool
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