Le tourisme dans le vent
Souffle de l’actualité sur le microcosme du tourisme : retour d’Air France sur la liaison Réunion-Maurice ( en partenariat avec Air Mauritius), restructuration pour CorsairFly ( avec recentrage sur les lignes vers les DOM) , installation d’une ambassadrice du tourisme des Seychelles à La Réunion (micro-marché décidément très convoité par les îles voisines), fréquentation hôtelière début 2010 au plus bas de ces 5 dernières années (enquête mensuelle INSEE), rumeurs sur la revente par le groupe Naïade du Grand Hôtel du Lagon et du Récif, projet de développement de Pierrefonds….
Sans oublier le contexte des élections régionales : publication du bilan 2009 par l’IRT, en forme de testament affirmant la bonne santé du tourisme réunionnais, réaction enthousiaste d’un responsable de syndicat professionnel aux déclarations de Didier Robert sur le devenir du tourisme à la Réunion… sous le regard amusé de certains collègues gardant en mémoire des prises de position antérieures plus équivoques ! Enfin, et ce n’est pas le moins important : 2010 déclarée année du Tourisme par le nouveau Président du Conseil Régional dès son discours d’investiture, confirmant sa volonté de traduire immédiatement en actes ses engagements de campagne.
Mais au fait, qui dit succession, dit héritage : quelle est la réalité de la situation touristique entre la bonne santé proclamée par l’équipe sortante de l’IRT et la nécessité d’une nouvelle stratégie affirmée par Didier Robert ?
Scoop surprise
Les bilans annuels de l’activité touristique résultent d’une enquête menée en partenariat par l’Insee et le comité régional de tourisme depuis 1990.Leur publication fait traditionnellement l’objet d’une conférence de presse commune (elle était d’ailleurs programmée pour avril sur le site de l’Insee). Mais, surprise cette année, avec une présentation par la seule IRT le 17 mars, en avant-première !
Un rayon de soleil
C’est un message de satisfaction qu’ont transmis les responsables de l’IRT, soulignant qu’avec 421.900 touristes extérieurs La Réunion affiche pour 2009, la plus forte progression (+6,4%) de l’Océan Indien. Sur la même période, en effet, Maurice (-6,3%) et les Seychelles (-1%) sont à la baisse, alors que Madagascar chute brutalement (-50%) sous le double effet de la crise mondiale et d’une crise intérieure.
De son côté, le tourisme international connait un fléchissement de 4%. Avec ce résultat, La Réunion retrouve et dépasse son niveau d’avant le chik (409.000 arrivées en 2005), qui était l’objectif affiché. D’où un contentement non dissimulé face à ce chiffre symbolique (repasser la barre des 400.000), « rayon de soleil » dans le ciel touristique, qui à lui seul, peut expliquer l’empressement d’un scoop à la veille du 2ème tour des Régionales.
Mais ce résultat positif suffit-il à garantir le bon état général du tourisme réunionnais ? Rien n’est moins sûr. Dans une précédente chronique, je soulignais, face à un constat de bonne santé (lettre IRT décembre 2009), qu’il était nécessaire d’attendre le détail du bilan 2009 pour confirmer ou au contraire relativiser ce diagnostic. Si sur la fréquentation globale, l’objectif est atteint, force est d’admettre, en sens inverse, que sur d’autres critères tout aussi révélateurs de la performance d’une destination, la comparaison avec 2005 (et a fortiori avec les premières années 2000) n’est guère favorable.
Nuages gris dans le ciel touristique
En terme d’origine de clientèles, c’est le marché français qui sauve le bilan 2009 (tout comme d’ailleurs à Maurice où les arrivées en provenance de l’hexagone ont progressé de 6%). Car, sur les clientèles européennes étrangères, La Réunion subit les effets de la crise avec une baisse de 17,6% (Maurice est à -13% sur ces mêmes clientèles). Et, il est probable que Maurice, à l’image et à la présence commerciale mieux affirmées sur ces marchés, repartira plus rapidement à la hausse dès les premiers signes d’une reprise (à titre d’exemple, sur janvier-février 2010, l’Italie et la Suisse sont à +13% et +24%).
Mais, c’est surtout sur les catégories de clientèle que le bilan est contrasté. En progression forte, la clientèle affinitaire représente désormais 51% des flux, reléguant la part agrément à 34%. Cette tendance, amorcée depuis quelques années, n’est pas inversée et on ne retrouve pas le niveau 2005 où les touristes d’agrément étaient près de 40%. Or, sans nier l’apport des affinitaires, il faut reconnaitre que la clientèle d’agrément, cœur de cible des actions promotionnelles, constitue le baromètre du succès d’une destination.
De son côté, la clientèle affaires (la plus rentable par jour et par personne) est en forte baisse (10% de part de marché). Là encore, les chiffres 2005 ne sont pas retrouvés.
Autre nuage gris : les voyages à forfait, révélateurs de l’attractivité auprès des réseaux de vente professionnels représentent désormais 15,8% des flux, loin du chiffre 2005 (près de 25%).
En terme d’hébergement, l’activité hôtelière montre des signes de faiblesse, confirmés par les enquêtes de l’Insee (et la tendance ne s’inverse pas début 2010).Certes, on le répète à nouveau, l’activité touristique n’est pas obligatoirement liée à un séjour en hôtel. Mais, ce secteur est généralement le premier employeur touristique (tant en emplois existants qu’en potentiel de création).
Or sur 2009, cette forme d’hébergement est en baisse, pour la clientèle extérieure, non seulement par rapport à 2008, mais surtout par rapport 2005 (-16,5%). Certes, du fait d’une offre fortement réduite, certains hôtels peuvent se flatter de taux d’occupation comparables à 2005, mais la destination dans son ensemble affiche une fréquentation hôtelière globale (clientèles locale et extérieure) inférieure à celles de 2006 (année du chik) et de 2005 (-33%).
Enfin, les recettes, test de la performance économique, sont moins élevées (336 millions euros) qu’en 2008. Par rapport à 2005, pour faire référence aux objectifs retenus, la baisse est de 5%. A ce jour le tourisme rapporte moins qu’au début des années 2000.