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Les enjeux du tourisme
René Barrieu a été directeur du Comité duTourisme de la Réunion (CTR) de 1990 (...) En savoir +
Les touristes face aux risques : effet médias, effet immédiat
Publié : samedi 19 juin 2010 à 09:19
Vendredi 11 juin, coup d’envoi du Mondial en Afrique du Sud dans une ambiance de liesse populaire : un évènement suivi durant 30 jours par la planète foot sur tous les écrans du monde. Mais, sur place, combien seront-ils de supporters touristes, venus des 5 continents vivre cette première Coupe du Monde en terre d’Afrique ?
Un Mondial en panne de touristes ?
Les responsables sud-africains misent sur cet évènement pour « doper » le tourisme de la nation « arc en ciel ».A l’origine 500.000 visiteurs sont attendus, permettant de franchir en 2010 la barre des 10 millions de touristes et de conforter la 1ère place des destinations touristiques d’Afrique.
Début 2010 la prévision est revue à la baisse (entre 350.000 et 400.000) et à l’approche du 11juin, le chiffre de 250.000 est avancé. L’impact est ressenti dans l’océan Indien, la FIFA annulant une réservation de 3400 chambres à l’île Maurice, qui s’était positionnée enpoint d’accueil pour supporters européens. Les raisons de cette désaffection ? Elles tiennent en quelques mots (attaques de personnes, vols, meurtres..) qui ont provoqué chez les candidats au voyage la crainte d’un séjour perturbé pour cause d’insécurité dans le pays d’accueil.
Ce n’est pas tant la réalité de la situation qui est déterminante que l’image diffusée par les médias du monde entier. La répétition des reportages amplifie la perception des risques et entretient l’inquiétude. Le phénomène n’est pas nouveau : un pays à la une de l’actualité, durant des jours et des jours, en raison de troubles dans les rues, de risque sanitaire ou de catastrophe naturelle se retrouve aussitôt au ban des destinations touristiques.
L’effet medias est immédiat ! La couverture médiatique ne crée pas l’évènement mais elle en façonne sa perception. Or, dans leur immense majorité, les touristes internationaux souhaitent se dépayser, vivre une aventure ou une expérience, mais se refusent à subir une mésaventure ou une épreuve. A fortiori lorsque le but du voyage est la participation à une « grande fête ».
Aujourd’hui, l’Afrique du Sud en fait les frais. Depuis des mois, avec le déclenchement du compte à rebours du Mondial, elle est en pleine actualité, bénéficiant d’un supplément de notoriété incontestable. Mais en terme d’image, le bilan est moins positif : les médias de tous les pays ne manquent pas de souligner le haut niveau de criminalité( les 50 meurtres quotidiens sont devenus le chiffre de la peur) et donc le déficit de sécurité du pays.
En filigrane, la question est posée : les touristes doivent-ils avoir peur de se rendre en Afrique du Sud ? Les autorités du pays se sont efforcées de rassurer (180.000 policiers mobilisés, 130 millions d’euros pour la seule sécurité), affirmant que « jamais une Coupe du Monde n’aura été aussi sûre ». Mais, à chaque fois, un effet boomerang a renforcé le sentiment d’insécurité .Pour reprendre les propos du Président de la FIFA « la sécurité, moins on en parle, plus elle est sûre ».
A cela s’est ajouté (info ou intox ?) l’écho d’un projet d’attentat terroriste pendant le Mondial. Depuis le coup d’envoi, vendredi 11 juin, dominent désormais dans les médias des images de compétition et de joie populaire, sans incident signalé. La nation arc en ciel a vraiment pris les couleurs de la fête. Seule contrariété des visiteurs, le bruit assourdissant des trompettes sud-africaines !
Mais sont-ils si nombreux que cela, ces touristes-supporters au milieu des souffleurs de vuvuzelas ? Il faudra attendre le soir de la finale pour dresser le bilan des retombées touristiques à court terme .La première destination d’Afrique aura-t-elle récupéré le milliard d’euros de recettes attendu sur la durée du Mondial ? Rien n’est moins sûr.
Maigre consolation, l’Afrique du Sud n’est pas un cas isolé. Ces dernières semaines ont été généreuses en mise à mal de grandes destinations. De l’Asie à l’Europe, des Amériques à l’Afrique, aucun continent n’est épargné : « pays des sourires » la Thaïlande s’est crispée face aux barricades ; en Grèce les dieux de l’Olympe ont assisté impuissants à l’occupation de l’ Acropole ; en Jamaïque les groupes musicaux ont laissé place aux groupes armés.
La Thaïlande a le sourire crispé
Depuis des années, des évènements « plombent » le tourisme du « pays des sourires » :2003 grippe aviaire, 2004 tsunami, 2008 émeutes .Nouvel épisode en mai 2010 et retour dans l’actualité avec des reportages d’affrontements dans les rues.
Le chiffre des morts et des blessés chasse l’image des plages de Pukhet et des temples bouddhistes. Les autorités locales ont beau évoquer une « agitation médiatique », de nombreux pays conseillent à leurs ressortissants de revoir leurs projets de voyage .Conséquence, l’objectif des 15 millions de touristes en 2010 n’est plus qu’un souvenir (une perte de 2 millions d’arrivées est redoutée).Coup dur pour la 3ième destination d’Asie-Pacifique derrière la Chine et la Malaisie.
La Grèce implore ses dieux
Berceau de la civilisation occidentale, 3 mers, 200 îles, la Grèce, marque mythique du tourisme international, affronte, elle aussi, les vents contraires. Le pays a avoué sa banqueroute et, sous le regard des dieux de l’Olympe et de la presse internationale se sont succédé manifestations de rue, incendies de bâtiments….sans oublier, tout un symbole, la prise d’assaut de l’Acropole.
Ces images ont fait le tour du monde, entrainant des annulations massives de réservations à l’approche de la grande saison estivale .Le tourisme, pilier de l’économie hellénique est en danger : comité de crise, déclarations d’apaisement dénonçant un climat médiatique « exagéré ». Mais, dans l’immédiat, les vacanciers potentiels ,en majorité européens, s’inquiètent (d’autant plus que souvent il s’agit de vacances familiales) et se reportent sur d’autres destinations-soleil (Turquie, Croatie, Italie…) A leurs yeux, la Grèce n’est plus le pays « siga siga »,celui de l’art de vivre « tranquille tranquille ».
La Jamaïque a perdu le rythme
Capitale en état de siège, attaques de gangs, tirs et explosions, 60 morts. Ah le joli mois de mai sous le soleil des Caraïbes ! Le crépitement des mitraillettes couvre le rythme du reggae. Tous ceux qui en rêvant Jamaïque voient toujours Bob Marley, découvrent Dudus, chef de gang narcotrafiquant à l’origine des troubles. Ici comme ailleurs, la situation vue sous le prisme des médias pousse divers pays à déconseiller pour un temps les séjours à Kingston.
La 3ième destination des Caraïbes, derrière la République Dominicaine et Cuba (1,8 millions de touristes,1 million de croisiéristes) est à son tour victime de ses désordres internes et de l’actualité. L’activité touristique (1ière source de recettes) est brutalement atteinte….au grand bonheur des îles voisines, amies mais concurrentes. Les touristes « zappeurs » ont vite trouvé, à proximité, un autre lieu d’accueil, peut-être sans reggae ,mais tout aussi paradisiaque et surtout sans mitraillette.
Les encouragements de la semaine……à Jacqueline Farreyrol, nouvelle Présidente de l’IRT, le comité régional de tourisme. Elle ne manque pas d’atouts et personne ne peut lui contester la passion de son île, l’enthousiasme dans tout ce qu’elle entreprend, sans oublier la confiance totale de Didier Robert. N’en déplaise à certains esprits chagrins lui reprochant de ne pas être une vraie « professionnelle » du secteur. Sans doute ont-ils fredonné « ça sent bon la banane », mais au parfum, ils préfèrent la peau, qu’ils glissent régulièrement.
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