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Les enjeux du tourisme
René Barrieu a été directeur du Comité duTourisme de la Réunion (CTR) de 1990 (...) En savoir +
Bilan 2010 Océan Indien : des records, des sourires… mais sans euphorie
Publié : lundi 14 mars 2011 à 11:11
ITB, un sigle magique dans le monde du tourisme, celui du plus grand rendez-vous mondial de la profession. La 45ème édition vient de se tenir à Berlin, rassemblant plus de 11.000 exposants de 188 pays et plus de 100.000 visiteurs professionnels de toutes nationalités. Les « îles Vanille » ne pouvaient espérer décor plus universel et auditoire plus qualifié pour présenter la nouvelle marque Océan Indien.
ITB Berlin sonne chaque année l’heure du bilan et des perspectives pour le tourisme international. Affichant 935 millions d’arrivées, soit un nouveau record,2010 est saluée comme l’année du rebondissement (+ 7%),effaçant la baisse de 4% subie en 2009.
Pour 2011,l’organisation mondiale du tourisme (OMT) et les instituts spécialisés (tels IPK) sont optimistes ,tout en soulignant que la croissance devrait être plus modérée (4 à 5%) et que l’activité demeure fragile tant elle est sensible aux "imprévus" (la Tunisie et l’Egypte en sont les meilleurs exemples ,sans oublier, pour une toute autre raison, le Japon, désormais à la une des médias du monde entier).
L’Océan Indien en forme
Pour revenir au bilan 2010, l’océan indien est à l’unisson : des Seychelles à Madagascar, de Maurice à La Réunion, les flux sont à la hausse et les responsables peuvent avoir le sourire.
Toutefois, cette satisfaction ne va pas jusqu’à l’euphorie : les effets de la crise sont encore perceptibles (comportements économes des touristes, agressivités tarifaires..) et les recettes en subissent les conséquences. Or, au-delà des flux, l’activité touristique se veut avant tout économique et, sur ce point, il n’y a pas de records battus !
Par contre, records de fréquentation dans les principales destinations ,à part Madagascar (mais même dans la grande île, il y a motif à se réjouir).A souligner la joie des Maldives, qui avec près de 800.000 arrivées, affichent une progression record de plus de 20%.Comme pour les autres îles ,les marchés européens assurent les 2/3 des flux mais l’évènement 2010 est la percée des touristes chinois (un quasi doublement par rapport à 2009).Avec près de 120.000 arrivées ils deviennent le 1er marché des Maldives..(rude concurrence pour Maurice dans sa conquête de l’Asie !).
Madagascar : redémarrage et espoirs
Certes la grande île est loin de son record 2008, mais les chiffres 2010 (196.000 arrivées) peuvent redonner le sourire après la désastreuse année 2009 (baisse supérieure à 50% des flux et des recettes dans un contexte de troubles et d’insécurité) :la hausse de 20% tant pour les flux que pour les recettes fait du tourisme la seule filière du pays à avoir progressé dans un climat persistant d’instabilité. En sens inverse, les incertitudes sur un retour durable à la sérénité évacuent toute tentation d’euphorie. Certains chiffres annoncés (250.000 touristes en 2011,500.000 en 2012) apparaissent plus des facteurs de motivation et de mobilisation que des objectifs réalistes.
Seychelles : joie et lucidité
A l’origine, l’objectif 2010 était une progression de 5%.A l’arrivée, le bilan révèle une hausse des arrivées de 10%, assurant un nouveau record avec 174.529 touristes extérieurs. La France continentale reste le 1er marché émetteur (35.000 touristes, +11%).
Ce résultat "souriant" s’appuie sur un repositionnement de la marque Seychelles (une image toujours mythique mais une île abordable : élargissement des modes d’hébergement, prix attractifs..) et de gros efforts promotionnels pour assurer la visibilité de la destination sur les grands marchés émetteurs.
La "visibilité" est d’ailleurs le leitmotiv qui sous-tend ,pour l’ensemble des îles, les bons résultats de fréquentation 2010.Toutes ont amplifié leurs campagnes de promotion et de communication .Un retour judicieux aux fondamentaux du marketing :pour être demandé, il faut être désiré, pour être désiré, il faut être vu .Ce beau parcours ne provoque cependant pas un sentiment d’euphorie.
Le bilan économique ramène aux réalités : "nous gagnons moins d’argent" souligne dans un récent éditorial Louis d’Offay, le passionné mais lucide porte-parole des hôteliers seychellois. Ici, comme ailleurs, face à une concurrence acharnée ,une guerre des prix et des clients "comptables" ,les recettes ne suivent pas les flux. Déjà, en 2009, les Seychelles avaient fait un constat amer : une quasi-stabilité des arrivées mais des recettes en recul de 20%.
Maurice : de l’optimisme à la mutation
Record 2008 battu avec 935.000 arrivées (+ 7,3%).L’île sœur connait un bilan 2010 réconfortant après la baisse 2009.Cette progression globale s’accompagne des scores flatteurs sur certains marchés : +10% sur la France continentale, qui demeure le 1er marché, apportant près du tiers des touristes ;+9,5% sur La Réunion,2ème marché.
Les clientèles asiatiques sont en hausse de 22%,mais ne représentent encore que 8% de la fréquentation totale. Ces résultats sont présentés comme les retombées des efforts de visibilité et de l’efficacité des campagnes. Il est vrai que le poids total de la force de frappe marketing est sans commune mesure avec les dotations des îles voisines.
Autre satisfaction, le redressement du taux d’occupation des hôtels, qui ne retrouve cependant pas le niveau des années 2007/2008.Et pourtant, aucune allégresse dans les commentaires. Les recettes, bien qu’en progression ,sont en deçà des records passés : 1 touriste 2010 rapporte moins qu’un touriste 2007 ou 2008.Séduction des clients par des offres tarifaires, glissement de clientèles vers des hébergements économiques entrainent des résultats financiers critiques pour nombre d’hôtels ,grands et petits .Si l’ambition qualitative demeure (une destination "diamant",hub touristique de l’océan indien),d’autres objectifs paraissent désormais hors d’atteinte ,en particulier les 2 millions de touristes à l’échéance 2015.
Le Ministre du Tourisme insiste sur une obligation à "réinventer le tourisme", si ce secteur veut justifier son rôle moteur dans le développement économique de Maurice (en quelques années ,la part du tourisme dans le PIB a sensiblement diminué ). Face à ce constat ,la mobilisation de tous les acteurs publics et privés est déclarée et Maurice annonce un doublement de sa force marketing et une offensive tous azimuths en terme de diversification de marchés (Inde ,Chine..),de clientèles (par exemple en s’affirmant la destination balnéaire de référence pour handicapés moteurs) et d’enrichissement de l’offre (tourisme religieux, tourisme médical) .
Réunion : sur la voie des 600.000 touristes
En 2009 La Réunion était l’exception de l’océan indien, affichant une progression des arrivées (cf chronique du 23/01/2010 ).Mais ce rayon de soleil ne suffisait à cacher des nuages gris (baisse des recettes ,des clientèles européennes étrangères, de la clientèle hôtelière..). Le bilan 2010 justifiera un sourire plus large. A la différence des autres îles, les chiffres définitifs de fréquentation ne sont pas encore connus (non pas en raison de négligence statistique, mais du seul fait des règles de la législation qui ne permet pas d’imposer à tous les arrivants la contrainte d’une fiche d’entrée, immédiatement exploitable par les statisticiens du tourisme ; selon le dicton, les libertés publiques sont les meilleures ennemies des statistiques !!).
Mais ,dans l’attente ,la tendance est dévoilée :compte tenu des clignotants au vert sur l’activité du 2nd semestre ,le score 2010 devrait tourner autour de 450.000 arrivées, battant le "vieux" record de 2003.De quoi réjouir la nouvelle équipe de l’IRT ,qui signe là son premier bilan. D’autant que les chiffres confirmeront probablement de bons résultats sur la clientèle d’agrément et la clientèle hôtelière, conséquence d’une intervention promotionnelle "intense" (toujours la "visibilité" !) en particulier sur le marché français qui reste le principal réservoir de clientèle (comme pour Maurice) pour de longues années.
Ce qui d’ailleurs n’est en rien contradictoire d’efforts de diversification sur des marchés étrangers. En tout cas, si le taux de progression 2010 se maintient sur les années à venir, La Réunion est sur la voie des 600.000 touristes en 2015.Les responsables publics et professionnels seront cependant assez réalistes pour ne pas céder à une euphorie triomphaliste.
La Réunion n’échappe pas, en effet, au contexte international d’hyper-concurrence, de sur-offre et de surenchères tarifaires. Comme pour les autres destinations, le record des arrivées ne sera sans doute pas complété par un record des revenus. Déjà, le 1er semestre avait montré les limites : hausse des arrivées et parallèlement baisse des recettes. Il est probable que le 2nd semestre révèlera un renversement de tendance favorable, mais dans des proportions sans doute insuffisantes pour atteindre ou dépasser le record 2003 (365,2 millions euros de recettes).
Rendez-vous à la prochaine chronique : après le bilan 2010, place aux ambitions 2011 des îles de l’océan indien.
Vos réactions :
il y a 2 réactions.ce QUE VOUS NE SAVEZ PAS......................
Cela fait longtemps que nous reçevons des personnes deu monde entier et que nous parlons de nombreuses langues européennes et autres (française, anglaise,américaine, l' hindi,les causements créoles réunionnais,arabe, chinoise, mauricienne, mahoraise,malgache,comorienne,allemande et même polonais....) le métissage de nos brassages de sociétés sont de faits et d'usage. Ce n'est ni l'argent ni les interventions communicantes qui accentueront le phénomène du tourisme. C'est le prix du billet.
Le tourisme de demain
La Région, l'IRT ont laissé mourir le tourisme Réunionnais sous l'ancien régime Régional. Aujourd'hui, la Région semble vouloir relancer le tourisme. C'est très bien. Mais la Réunion est-elle prête à recevoir le touriste en masse, et anglophone. Non. Mais ce n'est pas un problème, il faut si atteler dès aujourd'hui, et faire que le Conseil Général et la Région travaille la main dans la main pour former les jeunes de demain, subventionner les petites et moyennes entreprises qui officient dans le tourisme, accroître la mise en place de Gîte, chambre d'hôte, petites et moyennes structures hôtelières trop peu présentes actuellement. Et bien évidement former les acteurs du tourisme à l'anglais. Former les jeunes au métier de hostellerie, de la restauration. Ensuite, on pourra concurrencer et jouer dans la cour des îles vanilles.
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